L'Eldorado du FootballAnglais par François Sorton

L'OM et West Ham se sont mis d'accord pour le transfert de Dimitri Payet avec un montant de 15 millions d’euros.
Payet devrait signer un contrat de cinq ans, plus un an en option avec le club de Premier League.

West Ham 12eme, Swansea 8eme, où ira Imbula pour toucher le pactole?

« C’est un beau projet, le club est ambitieux…et patati et patata...».

En attendant, après Morel, Gignac, Ayew, Payet....Imbula, Fanni, N'Koulou.....

Le foot anglais va bien, très bien même  ; on ne vous parle pas de son équipe nationale qui échoue à chaque compétition internationale, on parle plutôt de l’engouement qu’il suscite, de sa formidable popularité, de son entrain juvénile, de son enthousiasme communicatif puisque tout le monde se l’arrache.
L’Angleterre est ou va devenir l’Eldorado de tous les footballeurs de la planète. Une chance ou plutôt un piège  ?

Des sommes folles
Les nouveaux droits télévisés anglais entrent en vigueur le 1er août prochain et font froid dans le dos. Le consortium Sky, qui appartient au magnat décrié australien Robert Murdoch, et BT, un opérateur téléphonique aux dents longues, se sont battus comme des chiffonniers pour acquérir ces droits, à faire passer l’affrontement Canal-Be In Sport en France pour une partie d’amabilité. Les deux conquérants ont fait monter les enchères jusqu’à 1,2 milliard d’Euros. Comme tous les pays du monde ne veulent voir que du foot anglais, les droits de retransmissions à l’étranger s’élèvent à 910 millions d’Euros (135 pour l’Espagne malgré le Real et le Barça, 33 pour la France). La distribution sera donc de plus de 2,1 milliards d’Euros chaque saison. Certains se sont amusés à calculer que le dernier du prochain d’Angleterre touchera 85 millions d’Euros de droits télé. C’est une bénédiction pour les Anglais, évidemment un danger pour le monde du foot.

Une passion anglaise
Les Anglais aiment le foot, on n’en doute pas, au point de lui consacrer beaucoup d’argent. Les stades sont bien remplis et les billets d’entrée ne sont pas bon marché, les abonnements pour voir les matches à la télé sont sensiblement plus élevés qu’en France (environ 15%) et 9 millions d’Anglais y souscrivent. A l’étranger, depuis une vingtaine d’années, aucun championnat n’arrive à séduire autant que la Premier League. Le foot se vend comme un spectacle, pas comme un sport parfois difficile à déchiffrer. Les Américains et les Asiatiques regardent Manchester ou Liverpool, le reste ne retient guère leur attention, et nous faire croire qu’Ibrahimovic et le PSG vont être les nouveaux séducteurs n’est qu’une illusion. L’un des arguments que l’on peut avancer pour expliquer ce succès est peut-être la remarquable réalisation télévisuelle des matches anglais, où l’on peut placer dans les stades des caméras partout, ce qui n’est pas le cas ailleurs.

Des  contrats en or
Tout ceci n’est que de la «  tambouille  » anglaise et n’aurait pas un soupçon d’intérêt si de cette hégémonie financière ne découlaient de funestes conséquences. Les clubs anglais vont faire un hold-up sur tous les bons joueurs de foot et dépouiller les autres championnats. En France, l’exode a commencé depuis un bon moment et va s’accroître à vitesse grand V. Dès que vous demandez à un footballeur où il veut jouer, il vous répond spontanément  :  «  En Angleterre  ». Prenons un exemple avec Newcastle, une équipe médiocre qui vient de finir 17ème du dernier championnat, joue un football rudimentaire mais fait pâlir d’envie tous les joueurs moyens de Ligue 1. Les salaires y sont mirobolants et un joueur comme Gouffran, qui avait du mal à se faire une place à Bordeaux, y gagne 350  000 Euros par mois. Il est rarement titulaire, a marqué un but cette saison  ; il est évidemment très content de cette situation. Le jeune et très prometteur Cabella a quitté Montpellier lui aussi pour Newcastle, l’impayable leitmotiv à la bouche  :  «  C’est un beau projet, le club est ambitieux…taratata, taratata  ». Il vient de faire une saison médiocre, perdu dans un hourrah football où il a du mal à s’exprimer. On n’a pas besoin d’être madame Soleil pour deviner la suite  : tous les bons joueurs des championnats de France et d’Espagne –Italiens et Allemands partent moins facilement- qui ne peuvent espérer aller au PSG, au Real ou au Barça vont aller grossir les rangs de la Premier League. Ils le font déjà mais le mouvement va aller crescendo. La tentation de l’argent prévaut sur toute forme d’accomplissement d’une carrière bien menée. Cabella, pour revenir sur son cas, était un international en puissance qui a régressé footballistiquement. Il a gagné beaucoup d’argent, perdu son temps. Et des Cabella, il va y en avoir d’autres.
La situation, paraît-il, préoccupe Michel Platini et l’UEFA. Si encore les clubs anglais éclaboussaient le foot de leur talent…ce n’est pas vraiment le cas. Du moins pas pour l’instant.
Fernand Bonaguidi Août 2015