L'Histoire de l'Olympique de Marseille

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En complément: Voir la pratique du football au début des années 1900.
Les débuts de l'Histoire olympienne
La disparition du SCM en 1897 (il reviendra un an plus tard) va donner l'idée à d'autres mordus de créer de nouvelles équipes et parmi elles le Football Club de Marseille.

Celui-ci commença en jouant au rugby, puis vint au football (fusion avec l'Epée, club d'escrime !) et fin 1899 va s'effacer devant l'Olympique de Marseille dont les statuts sont définitivement adoptés quelques mois plus tard.

Premier engagement et premier titre : champion du Littoral pour la saison 1899/1900
C'est René Dufaure de Montmirail qui en est le président fondateur. La devise de l'OM va être Droit au but, ce qui inspirera le club durant toute son histoire au niveau d'un style de jeu qui se caractérisera par un certain panache, le gout de l'offensive et un jeu assez direct.
C'est en janvier 1900 qu'une Assemblée générale ratifie les statuts de l'Olympique de Marseille et donne le feu vert définitif au nou­veau club. L'O.M. se destine au football et au rugby, mais possè­de aussi de nombreuses autres sections : athlétisme, escrime, boxe, natation, aviron, cricket, tennis, vélocipédie, basket-ball, automobi­le, lutte...
Le club est ouvert aux juniors et aux seniors amateurs de plus de 15 ans présentés par deux parrains.

Comme toutes les associations du même type, il rejette toutes discussions politiques ou religieuses et prohi­be les jeux de hasard. Les capitaines des équipes doivent être élus par les pratiquants, sur proposition du comité directeur. Le droit d'entrée est de 5 francs et la cotisation de 3 francs par mois, à l'exception des escrimeurs et des boxeurs qui payent un supplément important, sans doute pour couvrir les frais de la salle.

La tenue officielle est un maillot blanc frappé en bleu des lettres O.M. entrelacées et une culotte noire, sauf pour les tennismen et les joueurs de cricket qui doivent porter obligatoirement chemise et pantalon de flanelle blanche. Outre les terrains de jeu alloués par la ville au parc Borély pen­dant les mois d'hiver, l'O.M. dispose à la rue Suffren du vaste local de l’Épée avec lequel le F.C.M. avait fusionné.

Le club est dirigé par René Dufaure de Montmirail, avec deux vice-présidents, A. Bideleux et Liotier (ancien président de l’Epée), un secrétaire, L. Devaux et un trésorier, F. Durst.
La plupart de ces hommes viennent de l’ancien comité directeur du F.C.M., en particulier René Dufaure de Montmirail, qui présidait déjà aux destinées du F.C.M. et de la section locale de l’U.S.F.S.A. avant d’être le président fondateur de l’O.M.

Dans les rangs de l’O.M. on retrouve la plupart des vedettes du F.C.M. comme Gilly (également ancien du S.C.M.), Marque, athlète remarquable qui a remporté en 1899 tous les titres de course à pied du championnat du Littoral, ainsi que celui du disque, A. Bideleux, le futur président, ancien du Havre Athletic Club et de l’Olympique de Pantin.

Viennent aussi des rangs du F.C.M. plusieurs personnages qui vont brillamment s’illustrer par la suite dans d’autres domaines que le sport : le futur acteur Harry Baur, qui n’a pas vingt ans.

Femand Bouisson, futur président de la Chambre des députés et Etienne Antonelli, futur député de Haute-Savoie.

Sur la lancée du F.C.M., dès sa première saison, l'O.M. a la chance de battre, le 26 février 1900, la prestigieuse équipe de rugby du Racing Club de Lyon par 9 à 0, devant un public de 4 000 per­sonnes, sans précédent à Marseille pour le rugby .
Défaits au match retour par 5 à 4, les Olympiens n'en retirent pas moins, à peine nés, une solide réputation et "le Bavard" s'empresse un peu imprudemment de leur promettre une brillante et prompte réussite :
"l'an prochain l'O.M. aura la première équipe de France !".

Plus modestement, les rugbymen marseillais devront se contenter d'être systéma­tiquement champions du Littoral de 1900 à 1908, mais sans jamais parvenir à figurer honorablement au niveau national.
En football, malgré son inexpérience, l'O.M. remporte également, dès sa première participation, le championnat du Littoral 1899-1900, devant ses aînés l'Union sportive Phocéenne et le nouveau Sporting Club, ainsi que le tout jeune Stade Marseillais issu de quelques dissidents qui n'ont pas accepté la mutation du F.C.M. en O.M.

Les premières vedettes olympiennes du ballon rond s'appel­lent Bensimon, Naegely, Durandy.

Pour la presse locale de l'époque l'explication des premiers succès est simple, l'O.M. est le seul club marseillais à jouer correctement au football.
A coup sûr, avant de pouvoir rivaliser avec les grandes équipes de Paris et du Nord, ils ont beaucoup à apprendre. Ils apprendront vite !..
L'histoire du football à l’O.M. a commencé en janvier 1900 par une rencontre amicale contre l'Union Sportive Phocéenne... et elle a mal commencé. Les Olympiens n'ont pu aligner que neuf joueurs, qui plus est néophytes, contre une équipe déjà aguerrie. Le résultat est sans appel . 4 à 0 en faveur de l'U.S.P.
Malgré ce faux pas, l'O.M. remporte quelques semaines plus tard son premier championnat du Littoral. Un succès qu il réédite avec régularité chaque année jusqu'en 1908 inclus en triomphant des quatre ou cinq autres équipes locales (S.C.M., S.M., U.S.P, Groupe des Présentines).

Le plus souvent la deuxième et la troisième équipe de l’O.M. l'emportent aussi dans leur catégorie.

Autrement dit, dans les premières années du siècle l'O.M. n'a pas sur la place de rival sérieux. Dans la saison 1902-1903, par exemple, il a marqué à lui seul la moitié des buts du championnat du Littoral.
Mieux organisé, plus riche en effectif et en argent, l'O.M. est rapidement pourvu de ses propres terrains d'entraînement (Saint-Menet) et de jeu (Huveaune), alors que ses adversaires doivent encore recourir à l'ancien champ de manœuvres du Rouet, en attendant que les pelouses du parc Borély soient mises chaque hiver à leur disposition.
Toujours après le 15 novembre, date à laquelle prend fin l'adjudication des coupes d'herbe aux éleveurs de bovins laitiers.

Encore faut-il qu'il n'y ait pas de courses hippiques prévues !

Plus que de grands footballeurs, les Olympiens, comme tous les sports- même de l'époque, sont avant tout des athlètes.

Sans véritable spécialisation ni entraînement spécifique, ils courent, sautent, jouent au rugby et au football, font de la lutte, de l'escrime ou du vélo. Harry Baur et Bouisson, qui sont plutôt rugbymen, jouent parfois au football, et Bouisson remporte plusieurs fois le championnat du Littoral de fleuret
Outre le football, les frères Gilly pratiquent l'athlétisme et le rugby, Brodeur y ajoute le tennis, Bideleux fait du rugby, du tennis et de l'escrime.

Henri Lavielle, l'un des piliers de l'équipe de football, dont il est, jusqu'à la première guerre mondiale, tantôt goal, tantôt demi-centre et parfois même avant, brille à peu près dans toutes les disciplines : athlétisme, rugby, tennis, pelote basque, basket-ball.

Venu à l'O.M. en 1912, l'attaquant Léo Coti est champion du Littoral du 800 mètres. Tous comptent plus sur leurs qualités naturelles et leur enthousiasme que sur leur virtuosité ou leur sens du jeu collectif.
L'O.M. est largement composé de joueurs étrangers qui forment parfois jusqu'aux deux-tiers de l'équipe première, si bien que le club ne peut pas disputer le challenge annuel de Montmirail, ouvert aux seules équipes marseillaises entièrement composées de joueurs français.
Anglais, Allemands, Hollandais, tels Iwens, Wood, Hyde, Browen, Knodler, l'avant- centre, ou Van Ooy, ces joueurs étrangers chevronnés permettent à l'équipe phocéenne d'occuper très vite une place de premier plan dans le football méridional et d'accéder, contrairement à l'équipe de rugby, au niveau national.
C'est ainsi que le rugby, qui reste populaire dans le sud-est à Montpellier, Aix, La Seyne ou Toulon, perd très vite à Marseille sa supériorité d'origine sur le football.
Le journal Radical affirme : "Voici déjà plusieurs années que le football-association a détrôné le football-rugby à Marseille".
Dès sa première participation au championnat de France, en 1902-1903, l'O.M. est devenu champion du Midi, après avoir triomphé par 2 à 1 à Toulouse du Burdigala de Bordeaux champion du sud-ouest dans un match arbitré par le parisien Robert Guérin, futur créateur de la F.I.F.A.
L’OM s'apprête alors à rencontrer à Lyon en demi-finale le Racing Club de France, lorsqu'une réclamation de Bordeaux le prive de sa victoire. C'est la première défaite de l'O.M. sur le tapis vert, et une défaite injustifiée. Il est disqualifié parce que son joueur Dubreuil n'a été enregistré à Paris par l'U.S.F.S.A. que depuis 15 jours et non pas un mois comme l'exigent les règlements. En fait, Dubreuil a joué toute la saison à l'O.M., mais le comité du Littoral l'a déclaré à retardement à l'Union, le club est donc sanctionné sur une erreur administrative qui n'est pas de son fait. Adieu la demi-finale !
La saison suivante les Olympiens sont encore champions du Midi après avoir de nouveau battu les Bordelais, et cette fois-ci sans appel.
En demi-finale, ils rencontrent l'United Sports Club de Paris et sont écra­sés par 4 à 0.
En 1906-1907 et 1907-1908, ils atteignent encore par deux fois les demi-finales, mais perdent 3 à 1 puis 2 à 1 contre le prestigieux Racing Club de France.
Les grands clubs parisiens et nordistes, qui dominent alors largement le football français, ne sont pas encore à portée des joueurs marseillais. En revanche, dans le sud de la France, seul le Stade Olympique des Étudiants de Toulouse leur a, par deux fois, dans ces premières années, barré la route des demi-finales du championnat, en 1905 et 1906.
Les autres, Nîmes, Sète, Montpellier, Cannes, Draguignan, Lyon, Saint-Raphaël, Bordeaux.. ont souvent subi des défaites cuisantes.
Pour s'aguerrir, l'OM rencontres des équipes étrangères, d'Angleterre, d'Espagne et d'Italie mais aussi de Suisse, avec le Servette de Genève.
Le Servette, habitué des tournées européennes, est l'une des équipés que l'Olympique affronte le plus régulièrement.
En 1904, la défaite est lourde ( 10 a 0), puis l’écart s'amenuise 6 à 1 en 1905, 3 à 2 en 1907, 3 à 1 en 1908).
Il arrive même que l'O.M. remporte déjà quelques victoires, devant Barcelone, Londres (1908), le Stade Helvétique de Genève (1909) ou Pro-Vercelli (1909).
Tandis que se profile la future domination nationale du F.C. Sète, c'est de Marseille même que vient le plus dangereux adversaire direct de l'OM jusqu'à la guerre de 1914-1918 : le Stade Helvétique.
Implantés de longue date à Marseille, où ils jouent un rôle important dans le négoce, la banque et le commerce de luxe, les Suisses y ont développé au XIXe siècle une vie associative active qui donnent une large place au sport, et surtout à la gymnastique dont ils sont parmi les premiers promoteurs dans la ville dès 1856.
Au début du XXe siècle, la petite colonie marseillaise décide de créer sous le nom de Société Suisse un club de football.
Engagé en 1905- 1906 dans la deuxième série du championnat du Littoral, monté en première série pour la saison suivante, la Société Suisse se transforme en Stade Helvétique en octobre 1907.
Recrutant dans les meilleurs clubs suisses de Genève, Zurich, Lucerne ou Lausanne, le S.H. remporte en 1908-1909 son premier championnat du Littoral et réédite continuellement sa victoire jusqu’en 1914, reléguant l'OM au rang d'éternel second.
La rivalité qui anime les deux clubs n’est pas sans provoquer de temps à autre des accrochages entre supporters, mais elle accentue surtout la qualité et la popularité du football à Marseille.
Dès 1908, la pelouse du parc Borély est "noire de monde" (2 000 spectateurs) pour assister au derby O.M.-S.H.
Dans cette lutte ouverte, où les autres clubs marseillais, le Phocée Club, le Stade Etoile Bleue et l'A.S.P.T.T., ne jouent qu'un rôle de comparses, s'affirment des styles différents.
L'O.M. brille déjà par son jeu individuel, son engagement, ses bons shooteurs, le S.H., avec les frères Haettenschwyller, les frères Sheibenstock et l'anglais Widdington, a un jeu plus tactique, plus posé, fait de combinaisons savantes et de passes courtes.
En avril 1909, le Stade Helvétique réalise le rêve de l'OM, être la première équipe du sud de la France à remporter le championnat de France, en battant le Club Athlétique de Paris par 3 à 2 sur l’ancien hippodrome de Colombes.
La réussitedu Stade Helvétique lui a permis dès octobre 1909 d'acquérir son propre terrain au boulevard Pèbre.

Il attire à lui les vedettes locales. Ainsi, Mac Queen, le réputé gardien de l'O.M., signe chez les Suisses en novembre 1911, preuve que l'amateurisme n'est déjà plus qu'un vain mot.
Face au Stade Helvétique, désormais porteur des espoirs marseillais, deux autres clubs émergent dans le sud-est : le Stade Raphaélois, champion de France en 1912 avec sa vedette Victor Sergent, seul sélectionné du sud en équipe de France, et, surtout, l'Olympique Sétois, qui pratique à partir de 1909 une poli­tique de large recrutement extérieur, français et étranger. Georges Bayrou, ex-capitaine du Gallia Club, Gamier de l'A.S.F., Lorrain du C.A. XlVe, apportent l'expérience parisienne
D'autres comme Diffre, Gascard ou Vemet viennent de la région, un peu plus tard l'Anglais Victor Gibson ajoute encore sa science et son énergie.
En 1914, Sète atteint la finale du du Championnat de France, et ce n'est qu'un début !
Lorsque la guerre éclate en août 1914, la majorité des sportifs français sont mobilisés.
Comme beaucoup d'autres activités, les compétitions sont annulées sine die. En octobre, cependant, l'U.S.F.S.A. décide de relancer pour les 16-18 ans une série de manifestations dans la région parisienne et en province afin de "faire l'éducation sportive de nos soldats de demain". Les départements du nord étant envahis, rien ne peut être à proprement parler national. Les anciennes compétitions interrégionales sont donc supprimées et les initiatives doivent être locales.
A l'arrière comme au front, les rencontres amicales et de bienfaisance entre soldats français et alliés sont fréquentes, mais cela ne suffit pas.
Pour combler le vide de compétitions, le comité du Littoral lance dès octobre 1914 un tournoi annuel réservé aux jeunes non encore mobilisables en reprenant la formule de l'ancien championnat.
Seule différence, l'équipe du Stade Helvétique, essentiellement formée de joueurs suisses chevronnés, neutres donc non mobilisables, est mise hors concours; ce qui entraînera dès 1915-1916 sa disparition pure et simple.
L'O.M. en profite pour reprendre une indiscutable domination sur le Sporting Club, le Phocée Club, le Sporting Victor-Hugo et l'A.S.P.T.T. (qui est formée à plus de 80 % de joueurs anglais de l'Eastem Telegraph).
D'autant mieux qu'un certain nombre d’anciens joueurs ajournés, réformés après blessure ou versés dans l'auxiliaire retrouvent leur place à l'Olympique aux côtés des plus jeunes.
Dès la saison 1915-1916, s'ébauche une relance des compétitions interrégionales.
La place de l'O.M. y est plus incertaine. Dans la Coupe des alliés de l'U.S.F.S.A., l'équipe est éliminée en février 1916 au 3e tour par le Club Sportif des Terreaux de Lyon.De même, les Marseillais sont battus dès le 3e tour de la première Coupe Charles Simon (ancêtre de la Coupe de France) par le F.C. Lyon en décembre 1917.
La saison 1918-1919, en revanche, est remarquable et laisse entrevoir les futurs succès olympiens. L'O.M. , champion du Littoral et champion du Sud-Est après sa victoire sur l'Hercule de Monaco, arrive en finale de la Coupe nationale de l’U.S.F.S.A., une sorte de refonte du championnat d'avant guerre.
Même si la multiplicité des compétitions parallèles (il y a quatre ou cinq épreuves concurrentes) relativise l'importance de cette Coupe nationale, l'événement n'en est pas moins majeur pour l'O.M.
Pour la première fois, le club phocéen accède à une finale nationale.
Les Olympiens sont certes battus 4 buts à 1 par le Havre Athletic Club, mais le public marseillais est de plus en plus nombreux à s'intéresser aux exploits de ses nouvelles idoles.
Dans l'équipe marseillaise, on retrouve Charley et Henri Sheibenstock, anciennes vedettes du Stade Helvétique, Léonard Coti, champion régional de course à pied. et surtout le défenseur et capitaine André Gascard venu de Sète.
Cet immense personnage fut joueur, entraineur, dirigeant, et conserva les archives qui permirent de construire la Grande Histoire de l'OM, le livre d'Alain Pécheral.
André Gascard créa aussi l'Amicale des Anciens de l'OM présidée aujourd'hui par Maurice Rofritsch.
La suite de l'histoire de l'OM va se caractériser par 10 périodes bien distinctes que nous allons détaillées dans les chapitres suivants, saison par saison, match par match.