OM Sochaux 2 - 0, les débuts du Vélodrome

Résumé OM

20ème journée

Stade VELODROME

27 février 1938

MARSEILLE

2-0 (1-0)

SOCHAUX

ZERMANI (10'), AZNAR (52')

 

Mr CONRIE

30000

OM Pardigon ; Ben Bouali, Conchy, Bastien, Bruhin, Gonzalès, Zermani, Olej, Heiss, Aznar, Kohut

Sochaux Di Lorto, Cazenave, Mattler, Hug Szabo, Lehmann, Curt Keller, Fascinek, Courtois, Padron, Korb.
Une double joie, une double fierté, disons même un double orgueil légitime règne ce soir sur la Canebière.
L'Olympique de Marseille a vaincu la redoutable et populaire équipe de Sochaux et battu en même temps tous les records de recette locale et générale en ce qui concerne les championnats de France.
Le Stade Municipal de Marseille, inauguré le 13 juin 1937, a établi jusqu'à présent quatre recettes records : 201.000 francs pour la journée d'inauguration, 245.000 frncs le 31 octobre pour la journée Gustav-Ganay, 207.000 pour le match de championnat de France le 12 décembre 1937 et, enfin, 191.476 francs le 16 janvier pour le match internationl de rugby à 13 France-Australie. Le record d'aujourd'hui s'est élevé à 345.845 francs pour 29.336 spectateurs payants.
Le record de recette pour les matches de championnats de France et également battu puisqu'il était antérieurement de 295.000 francs et qu'il fut établi au Parc des Princes à l'occasion du match R.C. de Paris contre Olympique Lillois.
Si la journée est belle pour l'Olympique de Marseille, c'est un sombre dimanche -pour reprendre la célèbre et funèbre mélodie tzigane hongroise- en ce qui a trait au football de Sochaux. Sombre dimanche pour Sochaux, justement parce que le temps était beau. L'équipe de Mattler ne craignait rien tant, en effet, que le terain sec, le ballon léger et le jeu aérien. C'est exactement dans ces conditions redoutées qu'il eut à défendre son prestige de leader du championnat de France et son avance au classement.
Mais son double but fut manqué et son double idéal sinon ruiné, tout au moins sérieusement ébranlé et amoindri, car il fut battu le plus régulièrement du monde et sans avoir guère fait figure de grande équipe. Et il a subi sa seconde défaite de la saison 1937-1938 justement devant le club qui, au match aller, lui avait infligé son premier échec. Au Stade de la Forge, en effet, l'Olympique de Marseille avait battu Sochaux 2 à 1. Au match retour, cet après-midi l'O.M. a de nouveau vaincu Sochaux, cette fois par 2 à 0. L'Olympique de Marseille se venge ainsi de l'humiliation que le F.C. Sochaux lui avait infligée, l'an dernier, pour le dernier match du championnat de France de la saison.
L"Olympique de Marseille a gagné en pratiquant sur un très grand terrain, 110 mètres de long ssur 72m50 de large, un football très spacieux, très aérien, très allongé, en s'occupant à donner beaucoup de force à des passes qui, étant donné les dimensions du champ de course, avaient la puissance de dégagements et la vitesse de shots.
Il est plus difficile de jouer avec ampleur que par petites passes courtes ; la précision laisse parfois à désirer, l'interception est plus facile ; mais les Marseillais, bien en jambes et à l'aise sur le vaste stade municipal, couvraient beaucoup de terrain et attaquaient le ballon au plus vite, ce qui eut pour résultat de dérégler la belle mécanique sochalienne qui ne supporte pas de tourner à un régime très élevé.
Aussi la ligne de demis sochalienne fut-elle, dès le coup d'envoi, débordée par la mobilité des avants marseillais et la vitesse de leurs incursions, en particulier Lehman laissa filer à tout coup Zermani, et comme Mattler eut l'infortune, peu après le début, de recevoir au jarret un choc involontaire de Zermani, il ne faut pas s'étonner si l'ailier droit marseillais trouva souvent le champ libre devant lui et si, à la 15e minute il marqua de près le premier but du match. Il ne faudrait pas croire que Sochaux se soit incliné sans résistance et qu'il ait renoncé aussitôt à son jeu de passes pour donner dans l'action désordonnée et de laisser aller au découragement. Il remonta à plusieurs reprises le terrain et s'infiltra dans le camp maseillais.Malheureusement pour le club que l'on considère comme le virtuel champion de France 1938, Courtois fut le seul attaquant à lutter vraiment et il connut la double infortune de ne pas être secondé lorsqu'il passait le ballon à l'avant et de recevoir des centres et des ouvertures alors qu'il était complètement livré à lui-mêe au milieu d'un groupe de défenseurs composé principalement de Bruhin, Ben Bouali, et Conchy. Durant presque tout, le match, Courtois lutta victorieusement contre Bruhin dans le jeu de tête et les détentes aériennes, mais il n'avait à côté de lui ni intérieur ni à plus forte raison d'ailier. Fascinek ne s'intégra pas aujourd'hui à la ligne d'avants comme il l'avait fait à Rouen le 23 janvier dernier, et l'autre intérieur Padron, s'il ne manque pas de finesse et d'adresse, ne dure pas et sa taille le dessert par trop. Quant aux ailiers, ils n'ont pas encore compris que le football moderne les oblige sous peine de médiocrité, à être des réalisateurs, à abandonner, fût-ce momentanément, les centres stéréotypés d'autrefois qui ont les plus grands chances d'être repoussés par les arrières et par les demis rabattus et aujourd'hui fort bien armés pour la lutte. Or, Keller, ni bien plus encore Korb ne prirent sur eux d'être autre chose que des machines à centrer, si bien que l'arrière-défense marseillaise eut tout loisir de se masser sur Courtois. Celle-ci parvient, néanmoins, à lui fausser compagnie en trois ou quatre occasions. Il dribbla ou passa en vitesse Bruhin. Ben Bouali et Conchy et alors qu'il s'était mis en position de tir, il tira ses shots aussi bien du pied droit que du pied gauche : une mauvaise chute sur le bras eut raison de sa persévérance, en seconde mi-temsp alors qu'Aznar avait porté à 2 à 0 l'avance de l'Olympique de Marseille.
Ce second but réussi 7 minutes après le repos, fut pour ainsi dire, entamé par un tir d'Aznar que Di Lorto détourna à grand'peine de la main gauche. Le demi sochalien Lehmann en possession du ballon le renvoya imprudemment vers le centre à portée de Zermani qui le renvoya à Aznar, lequel trouva par un but marqué sur coup de tête la juste récompense d'un effort tout récent et dans l'ensemble d'un match très valeureux.
L'Olympique de Marseille, qui avait match gagné, en prit alors à son aise. Ses joueurs s'amusèrent. Bruhin, Ben Bouali et, à un moindre degré, Conchy poussèrent leur action jusqu'au milieu de leur propre ligne d'avants. L'avant centre marseillais, qui avait été plutôt délaissé au début, donna quelques aperçus d'une valeur qui a encore besoin de s'affirmer en football association.
Mais durant les vingt dernière minutes, les choses se gâtèrent plus encore pour Sochaux Cazenave jusque-là le meilleur Sochalien riposta par un coup de pied et un coup de poing à un coup certainement non prémédité ni volontaire de Zermani sur le genou et il fut, à juste titre, expulsé du terrain par l'arbitre, M. Conrié. Szabo, qui est vindicatif, eut une violent crise de colère, et Mattler alla jusqu'à menacer son partenaire de le renvoyer au vestiaire. Réduits à dix, les Sochaliens étaient si débordés et leur moral éait si bas qu'ils eurent l'inspiration, non pas de jouer leur va-tout, mais de limiter les dégâts, et ils placèrent Fascinek à l'arrière, abandonnant Courtois à sa triste destinée.
Les Marseillais, malgré quelques ultimes réactions sochaliennes, finirent le match au petit trot en se souvenant que dimanche à Paris, ils auront à rencontrer le R.C. de Paris qui a fourni ici même devant Antibes et aussi en Coupe de France excellente impression et qui a vaincu l'Olympique lillois.
Aux vestiaires respectifs des deux clubs règnaient, après le match, des sentiments très contrastants, et une ambiance fort différente. L'Olympique de Marseille, le résultat acquis sur Sochaux, se concentrait déjà sur le match de Coupe de dimanche, et nous annonçait pur la rencontre du Parc des Princes l'équipe suivante : Pardigon, Ben Bouali, Conchy Bastien, Bruhin, Gonzalès, Donnenteld, Olej, Zatelli, Aznar Kohut.
Les Sochaliens eux, échangeaient des propos presque inamicaux les uns à l'égard des autres ; il en va ainsi dans l'énervement des matches perdus, surtout lorsqu'on n'a plus l'habitude ni même la notion de la défaite. Seuls Mattler Di Lorto et Courtois s'inclinaient devant le résultat, et ils nous ont ainsi montré qu'ils savaient perdre.
La ville de Marseille souhaite en 1928 ériger un stade municipal, le stade de l'Huveaune étant la propriété de l'OM.
La Coupe du monde de football 1938 organisée en France relance l'idée du Stade.
Le 28 avril 1935, la première pierre du Vélodrome est posée par le maire de Marseille sur les ruines des anciennes usines automobiles Turcat-Méry, entre le quartier de Saint-Giniez et le quartier Sainte-Marguerite dans le Sud de la ville
L'enceinte du stade Vélodrome est inaugurée le 13 juin 1937 par Léo Lagrange, alors sous-secrétaire d'État aux sports, devant près de trente mille spectateurs.
Une grande journée sportive est organisée, avec un meeting d'athlétisme et une course cycliste sur les pistes prévues à cet effet.
En conclusion de cette fête sportive un match amical est disputé entre l'Olympique de Marseille et les Italiens du Torino Football Club qui se conclut sur le score de 2 à 1 pour les Olympiens, qui déménagent donc de l'Huveaune vers le Vélodrome pour la saison 1937/1938.