1986 Argentine Angleterre 2 - 1, le but du siècle de Maradona

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1/4 finale Coupe du Monde, 22 juin 1986 à Mexico Argentine bat Angleterre 2 à 1 (0-0)
Arbitre : Monsieur Ben Naceur (Tunisie)
Spectateurs : 115 000
Buts : Maradona (51eme, 55eme) Lineker (81eme)
Argentine : Pumpido - Cuciuffo, Brown, Ruggeri, Olarticoechea - Gusti, Batista, Burruchaga (Tapia, 76e), Enrique - Maradona (cap), Valdano. Entr : Bilardo
Angleterre : Shilton (cap) - Stevens, Fenwick, Butcher, Sansom - Hoddle, Steven (Barnes, 76e), Reid (Waddle, 66e), Hodge - Beardsley, Lineker. Entr : Robson
Extrait du Sofoot remarquable consacré à Maradona

Commentateur radiophonique de talent, Victor Hugo Morales, lui le natif d’Uruguay, est l’homme bande-son du but génial inscrit par Maradona en 86 contre les Anglais.
Présentateur d’une émission de football, mais aussi d’une émission sur la musique classique sur Radio Continental, Victor Hugo revient sur un évènement qui a changé sa vie, outre celle de Maradona.
Entre deux morceaux de Jean-Sébastien Bach…
Quel souvenir gardez-vous de votre commentaire en 86 du but de Maradona ?
Oulah…J’en garde un souvenir très fort. A ce moment-là quand je vois Maradona dribbler le premier Anglais, je sens qu’il peut se passer quelque chose…j’étais hystérique, comme si on m’avait mis un coup de fouet dans le dos, ou qu’on m’avait branché les deux doigts dans une prise d’électricité. Au fur et à mesure de la progression de
Maradona, l’intensité est montée, pour tout le monde d’ailleurs, mais pour moi l’excitation était encore plus forte du fait que je devais assurer le commentaire. Ici, en Amérique du Sud, les commentaires sont très différents de ceux qu’on peut entendre en Europe par exemple. Le discours est plus fervent, plus passionné, avec un débit beaucoup plus rapide, aussi il n’y a pas de pauses ou de temps morts pour les narrateurs.
Nous vivons l’action de façon tellement intense qu’on en transpire horriblement, et fatalement ça génère des commentaires dramatiques, grandiloquents, pleins d’émotion. Lorsque Diego met le but, je fais une faute professionnelle, je sors de mon rôle de commentateur pour laisser place au supporter qui sommeille en moi. Je suis devenu complètement fou, mais à ce moment-là je viens de commenter le but le plus hallucinant de l’histoire de la coupe du monde inscrit par le meilleur joueur de l’histoire de la coupe du monde, claqué à une équipe que tous les Argentins voulaient voir éliminée à cause du conflit des Malouines.
C’est cet ensemble de choses qui me fait perdre la tête, je me rappelle que j’ai fini le match debout, les mots me venaient tout seuls, je ne savais plus ce que je commentais, et en même temps j’avais devant moi la plus grande source d’inspiration, le rêve de tout commentateur, c’est à dire Maradona. Aujourd’hui je peux dire que ça a été l’une des émotions les plus violentes de ma vie.
Il y aurait pu avoir 10 000 manières de qualifier le but de Maradona, mais vous, à chaud, vous inventez un nouveau surnom à Maradona
“Barrilete Cosmico” (Cerf-volant Cosmique). Est-ce que l’oeuvre d’art vous a inspiré ou c’était du préparé ?


J’ai fait tellement de commentaires dans ma vie que j’ai appris très vite à adapter mon discours à une action. Un but peut être poétique, humoristique ou tragique, et c’est à moi de répercuter son importance à travers mes propos.
Pour ce qui concerne le surnom, c’est une autre histoire : j’avais entendu une fois un joueur de football dont je ne me souviens plus le nom dire que Diego était un Barrilete, une personne qui change tout le temps, quelqu’un de lunatique. Or là Diego avait dégaîné la main de dieu et inscrit le plus beau but de l’histoire de la Coupe du monde en un match, ça convenait parfaitement, mais j’y ai ajouté une dimension plus grande avec le terme “cosmique”.
Je vous jure que sur le coup, je n’y ai pas pensé, c’est juste après que j’ai pris conscience de ce que j’avais dit…J’avoue cependant que j’avais déjà utilisé le terme de Barrilete pour commenter des buts de Maradona, j’adorais ce joueur, et c’était pour moi l’occasion de dire avec ironie que nous avions le plus génial lunatique du monde sous le maillot argentin : « Regardez ce qu’a fait le barrilete ».
Je voulais montrer le génie du joueur tout en moquant ceux qui pensaient qu’il était cyclique dans ses actions. Lors d’une coupe du monde, vous savez que la terre s’arrête. Quand vous avez en plus Maradona, vous savez que la terre, le vent, le feu, l’univers, la stratosphère et le cosmos sont de la partie. Aussi je n’ai aucun mérite d’avoir créé cette expression, c’était quelque chose de naturel.