OM Olympique de Marseille

Championnat du Sud-Est 1930/31 OM Sete 2 à 1

Octobre 1930 Stade de l'Huveaune
OM bat Sete 2 à 1 (1 - 0)

Arbitre Mr Marenco
But Alcazar Boyer Friedman

La rencontre de championnat du Sud-Est, OM Sète, jouée par un temps couvert et lourd, fut un match où le bizarre, l'inattendu, l'illogique, l'injuste régnèrent en maîtres.

L'O.M. se présentait nettement détaché, tandis que Sète commençait bien tardivement sa marche ascendante.
D'autre part, après un match dur et de qualité très inégale, l'O.M. gagné par 2 buts à 1 seulement bien qu'il ait aligné une équipe sans trous et manifesté une supériorité de terrain et de ballon ininterrompue, sauf en fin de première mi-temps.
Certes, Durand, de la tête et du pied, Gallay hésitant à shooter du droit, Boyer, envoyant à côté un botté dans sa foulée, manquèrent des occasions propices.
Mais il faut dire que, sur les deux buts de l'O.M., seul celui réussi par Boyer en seconde mi-temps, à la faveur d'une ouverture de Harrison, fut impeccable ; car le point marqué par Alcazar, sur passe de Boyer, en première mi-temps, était un shot à moitié manqué et que le gardien sétois Frondas aurait dû arrêter.
Bien plus, si, au début du match, Beck n'avait pas, de manière tout à fait extraordinaire, manqué un but tout fait, le F.C. Sète aurait pris, contrairement à toute justice, l'avantage pendant les quarante-cinq premières minutes.
Pourtant Sète avait confié son salut à une équipe qu'un abîme sépare de celle qui, la saison dernière, gagna la Coupe de France.
Le gardien Frondas, l'arrière Skiller, le demi-droit Guasco qui remplace, bien imparfaitement, Cazal blessé, l'ailier droit Mainguet, l'avant-centre vétéran Dangles rendaient, par leur faiblesse, la tâche impossible à Chardar et surtout aux avants de classe internationale qui ont nom Beck et Friedmann.
Ces deux hommes, de façon un peu spasmodique, tentèrent de réagir en combinant uniquement l'un avec l'autre. En fin de partie, Lon Perdrical (la perdrix)-comme on appelle Friedmann à cause de ses bottines de football rouges- sauva l'honneur sur coup franc. Mais il aurait été absurde que les Sétois, avec leur équipe incomplète et inégale, fissent match nul.
Et Dubus, demanderez-vous ?L'Oranais, qui accomplit son service militaire à Montpellier, n'avait pas, au dire des Sétois, obtenu de permission.
Nous eûmes l'impression qu'ils s'en étaient consolés aisément. Et ils se déclarèrent fort satisfaits du résultat final de 2 à 1. Mais le manque de remplaçants et de jeunes explique leur mauvais palmarès depuis le début de la saison.
Comment justifier la performance, somme toute médiocre des Marseillais ? Le F.C. est-il pour eux un adversaire qui les impressionne, qui les glace, qui les immobilise comme dans un cauchemar ?
Pas du tout, l'O.M. partit du bon pied, prit instantanément la direction des opérations et réduisit les Sétois à une défensive un peu affolée.Si Beck et Friedmann n'avaient pas réussi des contre-attaques d'ailleurs très belles et très dangereuses pour Allé, on aurait pu croire qu'il s'agissait d'un match sinon sur un but, tout au moins dans une moitié de terrain.
Et sitôt, que Sète pénétrait dans le camp marseillais, les deux intérieurs de l'O.M., l'Allemand Wernicke et Alcazar, se repliaient et formaient une quatrième ligne.
Par surcroît, l'O.M. sous la direction de l'entraîneur écossais Peter Farmer, est en excellente condition athlétique. Boyer est redevenu svelte comme au temps de son adolescence ; Gallay, Durand, Harrison, Cabassu, Santucci et tous les autres joueurs tiennent aisément une heure et demie.
Quelle errreur a donc bien pu commettre l'O.M. samedi, au stade Fernand-Bouisson ?
L'erreur, la voici : de toute l'équipe, le seul shooteur, le seul réalisateur, est l'intérieur gauche Alcazar. Alcazar est rempli de qualités, il travaille avec un coeur de lion, il est d'une remarquable adresse sur le ballon, il passe vite, botte excellemment ; il ne saurait prétendre, toutefois, représener à lui seul l'efficacité d'une équipe. Boyer, qui joua samedi tout en finesse et en clairvoyance, devait se soucier aussi de marquer et non seulement de faire marquer : de même Gallay vaut mieux que son rôle de machine à centrer ; qu'il n'oublie pas que les shots de biais d'un ailier gênent terriblement un gardien de but ;

Durand serait bien avisé s'il se souciait moins d'acrobatie et plus de shots dans les filets ;
Enfin Wernicke est trop un intérieur opérant en retrait.
En seconde mi-temps, j'entendais dire que Peter Farmer proposait le passage d'Alcazar en demi et de Cabassu en avant.Etait-ce pour contraindre les autres attaquants à forcer eux-mêmes l'entrée du but sétois, au lieu d'en laisser le soin à Alcazar ?
La foule, d'une dizaine de milliers de personnes, fut-elle influencée par la chaleur orageuse ou mise de mauvaise humeur par l'erreur de tactique de l'O.M., qui rapportait tout, concentrait tout sur Alcazar ?
Toujours est-il qu'elle se montra nerveuse, partiale et que, la fin du match survenant après le coup franc et le but de Sète, elle envahit le terrain de l'Huveaune et faillit faire un mauvais parti à l'arbitre, M. Marenco, que Boyer protégea et qui, à mon avis, ne méritait pas du tout cette conduite de Grenoble ni ces manifestations devant le vestiaire. Il est vrai qu'il suffit d'un exalté pour entraîner une foule à des excès regrettables.