OM Olympique de Marseille

Avril 1929, Finale du Championnat de France OM - Club Français 3 à 2

28 Avril 1929
Stade Pershing OM bat Club Français 3 à 2 (3 - 0)

Arbitre Mr Quittemel
Buts Boyer (15e, 44e) Bonello (28e) Mercier (62e) Roels (86e)

O.M. : Allé - Durbec, Jacquier - Blanc, Cabassu, Aquaron - Devaquez, Alcazar, Boyer, Gallay, Bonello
CLUB FRANCAIS: Lozea -Bertrand, Parkes - Peythieux, Kenner, Haas- Huvier, Guillou, Mercier, Garabédian, Roels.
Blanc, Durbec, Cabassu, Jacquier, Aquaron, Alle, Devaquez, Alcazar, Boyer, Gallay, Bonello
L'OM Champion 1929
A la mi-temps de la finale du championnat national de football, l'Olympique de Marseille, qui avait, dans l'ensemble, fourni jeu égal avec le Club Français, menait par 3 buts à 0.
Pourquoi, sans dominer son adversaire, avait-il réussi à prendre une telle avance ? Parce que sa ligne d'avants, composée de cinq gaillards tous également puissants, rapides, bons shooteurs, excellents footballeurs, avait saisi chaque occasion de botter.
Un centre court et judicieux de Devaquez avait permis à Boyer de reprendre le ballon de volée et de marquer à bout portant. Puis, un corner, tiré par Devaquez, arriva en haute trajectoire devant le but ; Bertrand gêna Parkes dans le dégagement ; le ballon parvint sur le pied de Bonello, qui l'envoya dans les filets, exactement de la même manière que Boyer pour le premier but .
Enfin, sur une percée de Boyer, Bertrand fit une passse inopportune à Parkes. Celui-ci tenta de dribbler Boyer, mais il fut pris au piège, et l'avant-centre marseilllais, après une belle course, battit une troisième fois Lozes par un très beau shot.
Une minute plus tard, survenait la mi-temps.
Quel conseil fut donné aux Marseillais ? De jouer la défense !
C'est à n'y pas croire. Voilà une équipe qui gagne uniquement par ses attaques et on lui enjoint de ne plus faire d'attaques ! La logique n'est pas toujours le fait des dirigeants, qui, passionnés par le spectacle de la victoire proche, en arrivent à perdre tout bon sens.Mais comment Devaquez et Cabassu, ont-ils pu accepter, au mépris du danger, que leur équipe, excellente dans le jeu offensif et médiocre dans le jeu défensif, adopte cette seconde combinaison ?Vraiment, si l'O.M. a réussi, dimanche, à se tirer d'affaire par un succès de 3 buts à 2, il peut remercier le sort, qui lui a été favorable.
Il est aussi en droit de se féliciter qu'un Devaquez, un Boyer, un Gallay, un Alcazar n'ait pas figuré dans la ligne d'avants opposée. La division d'attaque du Club fut vive, ardente, empressée, mais elle se montra également embrouillée et nerveuse dans sa hâte à combler le handicap. Mercier, qui est plein de finesse et d'adresse,fut le seul à shooter convenablement ; malheureuement, il n'a pas l'ossature d'un avant-centre qui sait imposer son jeu.
Ses partenaires donnèrent l'impression qu'ils voulaient accompagner le ballon jusque dans le but, et cela faisait bien l'affaire d'Allé, qui est un gardien d'une souplesse acrobatique et qui excelle dans les bons horizontaux, verticaux, latéraux sur le ballon.Allé n'est pas un gardien sobre, au coup d'oeil sûr, à l'art de se placer impeccable. Il se montre surtout brillant dans le combat de près, et les assauts des Clubistes faisaient bien son jeu.
Mercier marqua, dix-sept minutes après le repos, le premier but pour les Parisiens, d'un de ces shots vite déclenchés qui surprennent les défenseurs opposés. Quatre minutes avant la fin, Roels obtint, d'un shot de la pointe rapidement parti lui aussi, le second point pour le Club.
La pression formidable du Club, qui ne s'est guère démentie pendant les quarante-cinq dernières minutes, ne réussit pas à lui donner le but d'égalisation. Marseille gagna donc par 3 à 2.
Toute l'action, ou presque, se passa donc en seconde mi-temps dans le camp marseillais.
L'intérieur gauche Gallay, sous le prétexte que son demi Aquaron était alourdi par une douleur au genou, joua quatrième demi. L'intérieur droit Alcazar se tint, lui aussi, fréquemment en retrait.
La ligne d'avants marseillaise, réduite à trois hommes, Devaquez, Boyer et Bonello, passa le plus claire de son temps à regarder le match.
Lorsque, tantôt par hasard, plus souvent grâce aux passes clairvoyantes de Gallay, elle entrait en possession du ballon, elle voyait son action vite enrayée par les demis et arrières parisiens, supérieurs en nombre, et le ballon retournait aux avants parisiens.
La défense marseillaise, qui manqua totalement de fond, à part Durbec, n'avait jamais le temps de respirer, puisque ses avants ne conservaient pas le ballon, comme ils le firent en première mi-temps.
Le demi-centre Cabassu eut un quart d'heure d'éclipse ; Aquaron, fatigué, ne renouvela plus ses exploits du début de la partie ; Jacquier joua à maintes reprises en affolé. Heureusement, les interventions décisives de Durbec, qui pratiqua une méthode rapide et autoritaire, écartèrent fréquemment le danger.
Et, quand le ballon allait et venait à proximité du but de l'O.M. c'était au tour d'Allé d'entrer souplement en action.
Telle fut la tactique malhabile de l'Olympique de Marseille.
Quelle fut celle du Club Français ?
En première mi-temps, les Parisiens menèrent des offensives aussi menaçantes que les attaques marseillaises.
Mais il manquait aux esquisses le coup de crayon final. C'étaient des ébauches et non des tableaux achevés. La comparaison entre les deux lignes d'avants permit de découvrir le secret des succès obtenus par l'O.M. depuis qu'en 1924 le club phocéen gagna sa première Coupe de France.
En seconde mi-temps, l'effort du Club mérite d'être louangé. Toutefois, les Parisiens semblèrent confondre hâte et précipitation. Les deux-arrières se tenaient sur la ligne du milieu ; les demis se mêlaient aux avants ; il en résultait, devant le but opposé, un rassemblement et une confusion, dont Allé tira fréquemment le meilleur parti. Quand des gens veulent passer par une porte étroite, ils réussissent quand ils se présentent un à un devant l'obstacle ; ils échouent lorsqu'ils veulent franchir le seuil tous en même temps, et on appelle cela une panique;C'est une peu la panique, le désir excacerbé de combler le retard et d'envoyer au plus vite le ballon dans le but adverse, c'est un peu cette presse instinctive qui empêcha le Club d'égaliser.
Ses avants manquèrent d'air et d'espace et, à cet égard, demis et arrières du Club sont autant à blâmer que les cinq hommes de l'attaque.La valeur du match fut excellente par moments, faible à d'autres instants, très honorable dans l'ensemble. Ce fut une des meilleures rencontres auxquelles deux équipes françaises nous aient fait assister cette saison;Elle fut vive, variée, pleine d'imprévu. Le championnat de France, que le Conseil national de la Fédération a supprimé et qui se disputait pour la dernière année, s'et terminé en apothéose.
Les joueurs qui se distinguèrent le plus furent, à l'O.M., toute la ligne d'avants, Durbec et Allé.Les demis faiblirent terriblement lorsqu'ils furent mis à la besogne d'une manière incessante. Par bonheur pour eux, Alcazar et Gallay leur apportèrent un concours précieux.

Mais, encore une fois, il est aisé de comprendre que le ballon, entre les pieds des demis est beaucoup plus vite retourné à portée de shot du but que s'il est détenu par les avants. Gallay, l'ancien ailier gauche international, fournit un labeur formidable et heureux.
Le stade Pershing était un stade de football situé dans le Bois de Vincennes (Paris), non loin de l'hippodrome et de l'INSEP.
Construit par les YMCA sur un terrain cédé par le gouvernement français, il est inauguré en juin 1919 et est dédié principalement au football et à l'athlétisme et pouvait accueillir 10 000 spectateurs lors de son inauguration, jusqu'à 29 000 à son maximum en 1929.
Les YMCA offrent le stade au Corps expéditionnaire américain, commandé par le général John Pershing, qui le confie à la France.
L'enceinte d'origine est détruite dans les années 1960 et le stade Pershing est depuis lors un ensemble multi-sports.