OM Olympique de Marseille

1928 Amiens élimine l'OM au deuxième match

Premier Match OM et Amiens 4 à 4 à Lyon
Deuxième match Amiens bat l'OM 3 à 2 à Paris (2 - 0)


Buts Taisne, Alcazar csc Aerts,
Devaquez Boyer
Amiens Athlétic Club : Michel ; Wallet, Perrucci ; Gransert, Braun, Troude ; Lapierre, Maquard, Taisne, Adolphe, Aerts.
Olympique de Marseille ; Allé ; Beaudoux, Alcazar ; Clère, Cabassu, Durbec ; Devaquez, Durand, Boyer, Aquaron, Gallay.
L'Olympique de Marseille, qui est "monté" en 1926 conquérir à Paris la gloire sportive et qui, depuis lors, y a maintes fois trouvé la consécration de sa valeur, et encore venu dans la capitale pour montrer à 20.000 spectateurs que l'O.M. de 1928 est l'héritier blasé d'un passé riche en merveilleux exploits. Schnoek et Crut ne sont plus là ; Seitz, Jacquier, Subrini , les frères de Ruymbecke ont disparu aussi ; et les survivants, comme blasés par le succès, acceptent avec résignation que la victoire leur échappe. Je sais bien que Devaquez et atteint d'une forte déchirure musculaire, que Boyer a toujours un genou affaibli, que Cabassu souffre d'une cheville.
Tout de même, est-ce une raison pour que le gardien Allé soit aussi imprudent que Leboucher l'est au Club Français ; pour que l'ailier gauche Gallay cherche en toutes circonstances, même à portée de shot, à placer le ballon sur le pied gauche ; pour que les arrières n'aient qu'une ambition, celle de frapper fort, loin, et de bousculer l'adversaire par surcroît ?
Reconnaisons encore à la décharge de Marseille que l'arbitre lyonnais, M. Vétrano, laissa tout faire. Son principe fut évidemment de ne rien siffler, ce qui dispense de prendre une décision et une responsabilité. Ses rares interventions, d'ailleurs, furent autant d'erreurs ; hors-jeu imaginaire, charges pénalisées à contre-sens...
Des fautes de mains, commises dans les 18 mètres par Wallet et surtout par son partenaire Perrucci, passèrent inaperçues.
M. Vétrano est, sans doute, un excellent arbitre pour le Lyonnais, où l'on pratique un football au ralenti ; mais il est débordé par le jeu de deux grandes équipes qui veulent gagner et qui ne lésinent pas sur le choix des moyens.Comme dernière fiche de consolation pour les Méridionaux, il faut aussi noter que le but amiénois était pour ainsi dire immunisé contre les shots marseillais. Une sorte de fatalité contraire aux efforts de l'Olympique faisait échouer, ou sur la barre latérale, ou sur un des montants , ou de très peu à côté, ou sur une jambe égarée, des ballons qui semblaient autant de buts imparables.
Pour donner aux Marseillais une chance de remonter leur handicap de 3 buts à 0, il fut nécessaire que les Picards perdissent la tête et se missent sottement à jouer la défense.
Ce souci de boucher l'entrée de leur but saisit les Amiénois comme une panique; Wallet avait beau exhorter tour à tour l'ailier droit Lapiere, l'intérieur gauche Adolphe, les demis, à retourner et à se tenir à leur place : rien n'y faisait ; ces joueurs se cantonnaient puérilement dans leur camp.
La défensive stupide et injustifiable des Amiénois rendit courage aux Marseillais, qui, jusque-là, avaient été accablés par le destin et n'essayaient même plus de réagir. Devaquez marqua à bout portant un but.
Boyer en acquit un second d'un coup de tête sur corner, et l'on se demande ce qui se serait passé si le match n'était arrivé à sa fin.
Amiens a gagné . Et c'est justice. Mais il aurait pu enlever la victoire par 3 buts à 0 au moins.
Il s'est présenté sur le terrain avec la volonté de se qualifier pour les quarts de finale.La partie n'était pas engagée depuis une minute que Taisne, fonçant comme un sanglier et profitant de l'hésitation de la défense opposée, acquit un premier point.
Avant la mi-temps, l'arrière marseillais Alcazar marqua contre son camp un point qui, de toute façon, était acquis aux Nordistes.
En seconde mi-temps, l'ailier gauche amiénois Aerts, à la suite d'une belle action personnelle, obtint un troisième but pour le champion du Nord 1927. La défaite marseillaise était consommée et la marque 3 à 0 se serait encore élevée, si l'affolement ne s'était emparé des esprits amiénois.
Ainsi Amiens doit sa belle qualification -à laquelle s'ajoute l'honneur d'avoir éliminé un club trois fois tenant de la Coupe de France- à son cran, à sa jeunesse d'action, aux percées de Taisne, joueur fruste, mais réalisateur, et aux échappées du fin petit Belge Aerts.
Mais il serait injuste de négliger le travail ordonné de la ligne de demis, de Braun surtout, qui fournit au centre un labeur tranquille, peu brillant, mais utile.
Et surtout, devant un gardien de but incertain, Wallet et Perrucci formèrent une paire d'arrières athlétiques, rapides, habiles à sauter haut, à dégager loin et à impressionner terriblement l'adversaire.Tandis que Perrucci a une tendance à jouer volontairement dur et à être méchant, je note à l'avantage de Wallet une bonhomie et un esprit sportif qui ne se démentent en aucune circonstance.Mais pourquoi le placide Urbain n'a-t-il pas assez d'autorité sur ses partenaires pour donner des ordres et veiller à ce qu'ils soient appliqués ? La lourde faute de tactique du repli général aurait pu être fatale aux Amiénois.