Interview de José Anigo en Novembre 2004 après sa démission, refusée par Pape Diouf

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"José, n'avez-vous pas l'impression, au fond, que votre spontanéité vous a joué des mauvais tours ?
Moi, je ne regrette rien de ce que j'ai fait ou dit.
Je ne suis pas du genre à m'accrocher à tout prix à un poste, car je ne suis pas un carriériste.
L'année dernière, pendant notre parcours en Coupe d'Europe, je me disais déjà qu'à un moment donné arriverait forcément le pire après ce meilleur.
Je ne savais pas quand, mais je savais que ça allait arriver, surtout dans un club comme celui-là.
J'ai aussi été tenté d'arrêter en mai dernier sur cete finale, pour finir sur le meilleur avant que Didier (Drogba) me convainque de poursuivre.
Mais j'avais toujours à l'esprit cette interrogation : "Comment je réagirais en plein tempête ? " Maintenant, je sais.
Comment en être-vous arrivé à proposer votre démission ?
Tout est parti de notre manque de réaction en seconde mi-temps face à Paris lors du match au Parc (1-2).
D'un coup, je ne me reconnaissais plus du tout dans cette équipe. Tout ce que j'essaie de leur transmettre -la hargne, le combat, la solidarité, le dépassement-, il n'y avait plus rien.
Alors, oui, c'est vrai, je me suis senti un peu abandonné de tous et surtout habité par un énorme ras-le-bol.
Cette démission ne sonnait-elle pas comme un terrible aveu d'impuissance ?
Mais qu'est-ce que je pouvais faire d'autre que de poser ma démission le soir de notre élimination face à Paris en Coupe de la Ligue ?
"Je n'avais pas le choix.
La faute n'incombait pas à Christophe (Bouchet) ni à Pape (Diouf), mais bien à l'équipe qui avait mal joué.
Comme je suis le responsable de cette équipe, il me semblait logique de payer pour les mauvais matches.
Attention, il n'y avait rien de calculé dans ma démarche.
Lorsque je présente ma démission, ce n'est pas pour que l'on me retienne, mais bien parce que je crois être le fautif de cet enlisement. J'avais honte de moi.
Comment le groupe a-t-il vécu ete remise en cause ?
Je crois que ma décision a agi auprès de tout le monde comme un déclencheur, une prise de conscience. On s'est tous rendu compte qu'il fallait réagir, les joueurs, mon staf, les dirigeants. La réaction de tout le monde m'a finalement donné beaucoup de forces.
Demander à quitter le navire lorsque la tempête s'annonce : ne s'agit-il pas là d'une attitude un peu lâche ?
J'ai certainement un paquet de défauts, mais pas celui de la lâcheté ! Je crois même avoir un peu de courage. Car je pense qu'il en fallait pour descendre samedi dernier dans cette arène hostile du Vélodrome.
Les joueurs ont été magnifiques.
Peut-être pas dans le jeu, surtout en première mi-temps où nous étions tétanisés.
Mais dans le comportement. Ils ont fait face, comme des hommes. J'étais fier d'eux.
Ils ont tous montré qu'ils avaient du cran et qu'ils étaient toujours capables d'aller décrocher une des trois premières places en fin de Championnat.
Cet épisode n'a-t-il pas prouvé que votre approche, trop affective, s'accommodait mal du haut niveau ?
C'est vrai que je dois certainement encore beaucoup travailler ma sensibilité qui dicte encore trop souvent ma conduite.
Si je veux durer ou exister dans cette fonction, il va falloir que je me blinde un peu et que je tente de maîtriser ma sensibilité. Il ne faut pas que mes origines soient un handicap.
Car je suis conscient que ma faiblesse est sans doute de trop aimer mon club.
Durant ces quelques jours de flottement et d'agitation, quel est le message de soutien qui vous a le pls touché ?
Forcément, j'ai eu Didier (Drogba).
J'ai d'ailleurs gardé son message. Il me disait "Oh, Anigo, tu fais quoi là ? T'es fou. Il ne faut pas arrêter, hein ! "
En quelques mots, je retrouvais toutes sa force de persuasion et de conviction.
Evidemment quand on réfléchit ce genre d'encouragement aide à se décider.
Comment ressort-on de ce genre d'épreuve ?
Forcément un petit peu cabossé. Puis, avec un peu de recul, tout repart avec deux ou trois paroles bien senties. Maintenant que la pression est peu tombée, je m'aperçois que j'ai terriblement envie de repartir au combat et surtout de poursuivre cette aventure avec ce groupe.
Mais je ne suis pas aveugle pour autant : j'ai vu que certains étaient à l'affût de ma mort.
Le temps des minots
Au sein du club ?
Non. Enfin, je n'espère pas... Comme je ne fais pas l'unanimité, mon départ aurait certainement fait plaisir à certains dans le milieu du foot.
Mais je m'en moque. Moi, j'ai besoin du soutien de mes joueurs et de celui de mes dirigeants.
Je ne pense pas que Pape et le président aient eu envie de me virer.
Etes-vous maître de la décision ?
En tout cas, personne, pour l'heure, ne m'a demandé de partir...
Comment expliquez-vous, pourtant, qu'il y ait eu un certain flou autour de votre avenir à l'issue de votre victoire contre Strasbourg ?
En fait, avec Pape, on s'était donné deux jours pour réfléchir après la rencontre. Mais je crois que, désormais, tout est clair pour moi. J'ai retrouvé la paix intérieure et la sérénité. Je sais que nous sommes pas encore guéris, nous sommes même encore malades.
Mais il faut tenir jusqu'au mercato. Même si ça tangue encore un peu, il ne pourra rien se passer de pire que ce que nous avons dû subir face à Strasbourg.
On a été sifflés, conspués, insultés par nos propres supporers. Il va falloir se relever.
Au cours des dernières semaines, face à vote incapacité à trouver la bonne formule, avez-vous douté de vos compétences ou de votre niveau ?
Jamais ! Je me connais. Je suis têtu. Si j'ai envisagé de partir, ce n'était certainement pas parce que je croyais ne pas avoir le niveau.
Au début, pourtant, on disait que je n'avais pas la carrure, que le costume d'entraîneur était trop grand pour moi. Mais j'ai toujours cru en moi. Si tout a été vite pour moi, je n'ai rien volé ! Je n'ai pas envie de les lâcher ni de les abandonner. Je suis qui pour les laisser tomber comme ça ? D'habitude, ce sont les joueurs qui provoquent les changments d'entraîneur. Là, ils ont pris ma défense. Et j'en suis très fier.
Pensez-vous que cet épisode laissera des traces au sein du groupe ?
J'espère qu'il servira de révélateur et qu'au mois de mai on sera tous en train de rire de tout ce qui s'est passé en novembre.
OM Strasbourg a été difficile à vivre pour José
La finale de Goteborg fut une belle aventure.