Marcelo Bielsa, par Jan Van Winckel
Sa quête: Atteindre l'inaccessible étoile de Bielsa à Jacques Brel

Betfirst
Article de Vincent Garcia sur l'Equipe du 15 Mars

Bielsa avait toujours raison.

Sa parole est rare, Jan Van Winckel le bras droit, l'adjoint et l'homme à tout faire de Marcelo Bielsa à l'OM, la saison dernière.
Quelques jours avant la démission d'« El Loco », le 8 août 2015, il avait lui aussi choisi de quitter le navire pour rejoindre l'Arabie saoudite.
Le Belge occupe aujourd'hui le poste de directeur technique de la Fédération.


Que retenez-vous de votre expérience avec Marcelo Bielsa ?
Je retiens trois choses, la quête des gains marginaux, la passion et le dynamisme.
L'entraînement avec le "Professeur" est une quête de ces trois éléments.
C'est à cela qu'il aspirait et c'est cela que l'on retrouvait sur le terrain.
Durant quelques mois, nous avons joué le plus beau football du monde.
Nos rencontres constituaient des cas d'école sur la manière dont le football devrait être joué
Avec pression, passion et une énorme "verticalité".

Atteindre l'inaccessible étoile, partir où personne ne part
(Brel, l'homme de la Mancha)
Pense-t-II vraiment au football jour et nuit?
Oui, le Professeur est doté d'une incroyable intelligence et il la consacre intégralement au football.
Je ne possède pas ce don, j'ai également d'autres centres d'intérêt.
Je n'atteindrai donc jamais son niveau d'excellence.
Seul celui qui consacre toute son énergie et toute son âme à une cause peut être un vrai maître.
Durant les seize mois pendant lesquels j'ai travaillé pour l'OM, nous avons pris que quatre ou cinq jours de repos.
Le reste du temps, nous étions toujours au club pour travailler.
Bielsa corsancre sa vie au football et en attend tout autant de ses assistants proches.
Pour le Professeur, par exemple, l'évaluation d'un joueur ne doit rien laisser au hasard.
Je me souviens que durant l'été, pour chacun des joueurs qui présentait un intérêt pour le club, nous visionnions l'ensemble de ses rencontres, souvent plus de cinquante.
Nous en faisions une compilation et nous en discutions.
Nous contactions ensuite le joueur, ses entraîneurs et son entourage pour pouvoir brosser un tableau complet.
Ce n'est là qu'un petit exemple de son niveau d'exigence.

Il pouvait être très dur avec vous ou ses adjoints?

Naturellement, il était parfois très dur, mais le plus important est qu'il était toujours honnête et qu'il avait toujours raison. Mes collègues avaient pour habitude de dire que j'étais un maniaque du détail, toujours à la recherche de gains marginaux, mals en comparaison avec lui, je n'étals qu'un amateur.
Les enseignements qu'il vous apporte sont inestimables.
Le sport de haut niveau est très exigeant. Le fait qu'un nageur passe quotidiennement des heures dans l'eau à travailler, par exemple la position de son coude, offre un contraste criant avec la manière dont certains entraîneurs considèrent le football.
Si vous souhaitez vous approcher du haut niveau. vous devez être prêt à sacritier une partie de votre vie.
Ce n'est pas un choix facile.

Est-ce usant de travailler avec lui?
Naturellement. Mais je n'aurais pas voulu qu'il en soit autrement. André Maurois a dit : "Être .exigeant. c'est montrer de l'intêret."
Vous deviez donc dormir souvent au centre d'entraînement Robert-Louis-Dreyfus comme Bielsa?

Je dormais toujours à la Commanderie lorsque les joueurs y dormaient ou que nous travaillions trop tard, autrement dit souvent trois à quatre fois par semaine.
Une séance dans la matinée avec le professeur devait toujours etre précédée par une nuitée à la Commanderie pour pouvoir garantir la qualité de l'entraînement.

On a dit aussi que Bielsa payait lui-même le salaire de certains de ses adjoints. Est-ce vrai ?
Le Professeur collabore avec un nombre impressionnant d'assistants. Certains travaillent personnellement pour lui et sont donc à sa solde, entre autres pour analyser la Coupe d'Afrique et la Coupe d'Asie.
D'autres, notamment ceux qui travaillaient pour Marseille, étaient simplement payés par le club.

Savez-vous pourquoi il a quitté l'OM ?
Je n'ai pas d'avis sur cette question et je ne suis pas censé en avoir.
C'est entre lui et le club.
On sait que ses rapports avec les dirigeants étaient compliqués?

Une relation de travail normale liait la direction au Professeur.
Cependant, il n'est pas hypocrite et exprime toutes ses pensées.
Certains disent qu'il manque nie sensibilité sociale, mais il est tout simplement sincère.

Quand vous avez pris votre décision, étiez-vous au courant que Marcel.) Bielsa allait lui aussi quitter Marseille quelques jours plus tard?

Jai pris ma décision indépendamment du Professeur.
Ce que j'apprécie chez lui, c'est qu'il a écarté des clubs fantastiques, durant l'été, pour rester à Marseille.
Vu la situation économique du club en comparaison avec le PSG, Monaco et Lyon, il s'agissait d'un engagement très courageux et honnête.

Pourquoi l'OM s'est-il écroulé en seconde partie de saison, terminant 4e de L 1, alors que le club jouait le titre ?

Sans la CAN (17 janvier au 8 février 2015), nous aurions remporté le titre, j'en suis certain.
Nous savions que Nicolas Nkoulou et André Ayew étaient indispensables. Cependant, la situation économique du club ne permettait pas d'embaucher des joueurs supplémentaires.
Nous disposions d'un noyau très réduit. Nous avons donc dû faire confiance à. des joueurs qui n'étaient pas encore prêts.
Michel, le nouvel entraîneur, a dit que les joueurs français ne travaillaient pas assez. Êtes-vous du même avis?
Tout à fait. Lés entrainements sont insuffisants. En France, il est de coutume de ne rien faire dans les deux jours qui précèdent et qui suivent une rencontre.
Il reste alors peu de temps pour s'entraîner de manière fonctionnelle. Il est difficile de convaincre les joueurs de changer leurs habitudes.
Cela tient plus à la culture sportive d'un pays qu'a la prétendue fainéantise des joueurs.

Cette saison, il y a eu beaucoup de blessés à l'OM. Lors de l'exercice précécent moins. Vous l'expliquez comment ?
La saison derniere fut exceptionnelle Nkoulou et Ayew s'étaient blessés en équipe nationale, mais pour le reste, nous n'avons pas eu de blessures évitables, malgré le régime d'entraînements tres soutenu et les grandes distances parcourues a haute intensité et en sprint pendant tes matches.
Vous avez félicité le docteur Baudot sur Twitter II va quitter le club en fin de saison. Est-ce une grosse perte pour l'OM ?

Le docteur Baudot est l'un des meilleurs au monde dans son travail Je trouve que le staff médical est Injustement incriminé en cas de blessure. L'équipe technique et le joueur, voilà les vrais responsables

En avez-vous assez profité à Marseille?

Non, pas assez malheureusement. A quelques reprises, nous avons fêté des victoires, Chez Henri ou au Restô à Saint -Cyr, mais, dès la fin d'un match, le Professeur lançait déjà la préparation de la rencontre suivante.

Quelques assistants y travaillaient pendant une semaine entière et consignaient le tout dans un livre.
Ce livre, Blelsa l'emportait Immédiatement après le match pour préparer la semaine d'entraînement.
Nous n'avions donc pas beaucoup de temps pour profiter.
Mals ce n'était pas un problème.
En arabe, on dit qu'Il faut d'abord faire le jeûne avant de pouvoir profiter d'un repas de fète.

Finalement, quels souvenirs gardez-vous de l'OM ?

Ce qu'il me reste, c'est le souvenir d'un football de qualité, le record de plus d'un million de supporters à domicile (*), le staff technique très compétent, Franck Passi, Stéphane Cassard et Thomas Benedet (vidéo), et l'amitié avec de nombreuses personnes au sein du club.
L'OM occupera toujours une place spéciale dans mon coeur. C'est l'un des plus beaux clubs au monde,
Maintenant que j'y repense, je me souviens également des entralnements avec Benja (Mendy)sur les dunes de Saint Cyr, le travail individuel avec Michy Batshuayi à la Commanderie ou les joggings avec Flo (Thauvin) aux calanques de Cassis.
Des gars super. Des souvenirs que je n'oublierai jamais...

De Bielsa à Brel, la quête, Rêver un impossible rêve
Rêver un impossible rêve
Porter le chagrin des départs
Brûler d'une possible fièvre
Partir où personne ne part
C'est Tout Bielsa
Aimer jusqu'à la déchirure
Aimer, même trop, même mal,
Tenter, sans force et sans armure,
D'atteindre l'inaccessible étoile
Telle est ma quête,
Suivre l'étoile
Peu m'importent mes chances
Peu m'importe le temps
Ou ma désespérance
Et puis lutter toujours
Sans questions ni repos
Ah ça oui Marcelo
Se damner
Pour l'or d'un mot d'amour
Je ne sais si je serai ce héros
Mais mon cœur serait tranquille
Et les villes s'éclabousseraient de bleu (et blanc comme l'OM)
Parce qu'un malheureux
Brûle encore, bien qu'ayant tout brûlé
Brûle encore, même trop, même mal
Pour atteindre à s'en écarteler
Pour atteindre l'inaccessible étoile.